Le Royaume-Uni retient son souffle. Par solidarité pour la France – les témoignages en ce sens se multiplient chaque jour depuis mercredi – mais aussi parce qu’il craint d’être le prochain pays victime d’une attaque terroriste.
Le ministre britannique des Finances, George Osborne, a affirmé vendredi que les pays devaient montrer un front uni et que dans ce cadre, le Royaume-Uni procurait «toute l’assistance possible» à la France. Par ailleurs, la ministre de l’Intérieur Theresa May a indiqué que la sécurité à la frontière franco-britannique avait été renforcée, «par précaution».
Le chef des services de renseignement intérieur britannique, le MI5, a très solennellement mis en garde son pays contre une forte menace d’attentats. Le fait qu’Andrew Parker se soit adressé jeudi soir en public, depuis le siège du MI5 au cœur de Londres, est en soi significatif. Les services secrets privilégient d’habitude la discrétion.

«Des complots plus complexes et plus ambitieux»

 

Mais l’heure est grave et Londres garde encore en mémoire le traumatisme des attentats du 7 juillet 2005 dans le métro et un bus qui avaient tué 52 civils et blessé 700 personnes. Les quatre terroristes, des Britanniques, avaient été tués dans l’explosion des bombes qu’ils transportaient. Plus récemment, le 22 mai 2013, l’assassinat du soldat Lee Rigby, décapité en pleine rue dans Londres par deux Britanniques radicalisés, avait mis en lumière le danger grandissant d’actes isolés de loups solitaires.
«Nous sommes toujours confrontés à des complots plus complexes et plus ambitieux qui suivent l’approche, malheureusement bien établie aujourd’hui, d’Al-Qaeda et de ses imitateurs : des tentatives pour provoquer des pertes de vies massives, souvent en attaquant des moyens de transport ou des objectifs symboliques», a déclaré Andrew Parker.

Trois tentatives d'attentats déjouées

 

Le chef du MI5 a même révélé savoir «qu’un groupe de terroristes d’Al-Qaeda en Syrie projette des attentats de grande ampleur contre l’Occident». Il a également souligné que le nombre de Britanniques partis rejoindre les rangs de l’organisation terroriste de l’Etat islamique ou d’autres mouvances terroristes en Syrie était désormais estimé à 600. Jusqu’à il y a peu, les autorités britanniques parlaient de 400 à 500 personnes.
Les assassinats à Paris sont «un terrible rappel des intentions de ceux qui nous veulent du mal», a ajouté Andrew Parker. En trois mois, les services antiterroristes britanniques ont déjoué trois tentatives d’attentats. Sans ces actions, «des morts auraient certainement été à déplorer», a-t-il dit.

«Nous ne pouvons pas espérer tout empêcher»

 

Mais il a ensuite lancé un avertissement aux autorités, en appelant à un renforcement des moyens et des pouvoirs pour ses services, pour leur permettre d’identifier et de surveiller des suspects. Le chef du MI5 a touché du doigt les polémiques récentes, après les révélations d’Edward Snowden, sur la capacité des autorités à intercepter des communications de civils. «Si nous perdons la visibilité sur ce qu’ils (les terroristes, ndlr) se disent, alors notre capacité à comprendre et évaluer la menace qu’ils posent est réduite», a prévenu le chef du MI5. «Bien que nous et nos partenaires fassions notre maximum, nous savons que nous ne pouvons pas espérer tout empêcher», a-t-il mis en garde.

«Nous craignons des individus solitaires dans le pays»

 

Le vice-président de l’association des officiers de la police, Sir Peter Fahy, a pour sa part expliqué que la menace était désormais «double». «Dans le passé, il s’agissait de gros complots venus de l’extérieur, a-t-il dit sur la BBC-radio. Désormais, nous craignons aussi les individus solitaires dans ce pays, qui subissent rapidement un lavage de cerveau sur Internet et qui décident soudain de perpétrer une attaque imprévisible».
Vendredi matin, George Osborne réagissait en annonçant sur la BBC que 100 millions de livres (128 millions d’euros) supplémentaires avaient d’ores et déjà été alloués ces dernières semaines à la surveillance des Britanniques tentés de partir en Syrie ou en Irak. Combattre le terrorisme est «une priorité nationale», a-t-il déclaré. «Nous y consacrerons les ressources nécessaires, quels que soient les besoins des services de sécurité, ils les obtiendront, a promis le ministre, parce qu’ils réalisent un travail héroïque pour nous.»
Sonia DELESALLE-STOLPER (de notre correspondante à Londres)