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mercredi 14 décembre 2011

Encounter on the December 13th 2011, 1:45 PM

Tout commença à cause d’un type un peu trop pressé, doublant à la hussarde les véhicules le gênant sur la départementale 773 menant de Pontchâteau à St Nazaire. Saudade l’avait repéré dans son rétroviseur : voiture commerciale blanche, profitant du moindre créneau d’espace-temps se libérant entre deux voitures sur la seconde voie pour embrayer un dépassement chaotique, dangereux… Encore un chauffard se prenant pour le héros de Taxi.

Et puis vint le moment où elle l’eut derrière sa petite voiture poussive, si respectueuse des vitesses règlementaires parce que beaucoup trop âgée pour les violer, le moteur ne bandant plus gère que mou : toute la voiture frissonnait dès que le compteur atteignait le 115, pour devenir parkinsonnienne au-dessus de 120 km/heure ; c’était le genre de voiture qu’on ne pouvait guère emmener sur autoroute.

Le chauffard la collait tellement que c’en était gênant ; l’irritation qui l’avait gagner rien qu’à le voir faire prit du galon en colère : si jamais elle se retrouvait dans une situation où elle devait freiner, ce type plierait sa voiture, provoquant un carambolage monstrueux, entre la file de voitures derrière eux et celles arrivant en face. Aussi fit-elle ce qu’elle avait prit l’habitude de faire en pareille situation : relâcher la pédale de l’accélérateur, pour ralentir son véhicule tout en douceur, ce qui avait en général pour effet de faire fulminer les chauffards derrière elle, mais qui était très efficace en matière de sécurité, si jamais elle devait freiner.

Saudade sentait la tension du type derrière elle, qui semblait vouloir pousser sa voiture sur le côté afin de passer, ce qui acheva toute civilité en elle : impossible de comprendre quel feu au cul était suffisamment important pour mettre en danger autant de vie en adoptant ce comportement sur la route.

Et puis il déboita.

Hallucinée, elle vit dans son rétroviseur le véhicule blanc emprunter la voie de gauche, alors même qu’un virage se profilait à l’horizon : aucune visibilité ! Ce type était décidément taré !

Et bien sûr, surgit en face la voiture sur laquelle il n’avait pas compté… Il n’aurait pas le temps de doubler, même si sa vitesse à elle était raisonnable… Il était à sa hauteur, elle en avait conscience, mais elle gardait les yeux bien fixée sur l’horizon, contemplant avec horreur l’accident qui se profilait à l’horizon… En face, la distance se raccourcissait, comme dans un mauvais film d’action hollywoodienne : il y eut des appels de phare…

Le type peinait décidément à finir ce qu’il avait commencé, mais au lieu de décélérer et de se ranger sagement derrière elle en attendant une meilleur occasion, il accéléra encore, et dans un ultime effort, arracha son véhicule de la voie de gauche au dernier moment : il avait eu la chance qu’en face ça eut le réflexe de freiner.

Tout en faisant beugler son klaxon d’indignation, elle lut l’immatriculation du véhicule, détaillant l’arrière pour s’en souvenir aussi bien que possible, repérant un filet blanc entre les sièges avant et arrière, comme si le véhicule servait à transporter un chien, à l’occasion, et un autocollant triangulaire jaune collé sur le coffre de la trois porte. Comme un mantra, elle se mit à répéter, de façon rageuse, afin d’être sûre de ne jamais l’oublier : 811 VCL 44,

Et d’enchaîner avec les injure les plus pittoresques qu’elle connaissait : enculé ! Sodomisateur de vierge ! Connard de chauffard de merde !!!

Et en plus, pas un instant calmé par l’incident, le type collait une nouvelle voiture, avec l’intention de renouveler son petit exploit…

Malade mental ! Pignouf !

L’agonissant d’insultes à haute voix, elle repéra tout à coup le panneau 70 à l’approche d’une intersection, l’incitant à ralentir et freina afin de respecter le code de la route, quoiqu’elle eut conscience d’arriver plus vite que d’habitude : le chauffard l'avait distraite.

Elle regarda l’heure en arrivant sur la 4x4 de Nantes à St Nazaire qu’elle rejoignait pour rallier la ville portuaire : 13h48… Donc l’incident avait dû se produire à 13h45, par là… Ce fut là qu’elle prit sa décision : une fois qu’elle en aurait fini avec son rendez-vous, elle se rendrait chez les gendarmes pour signaler l’incident. La délation, ce n’était pas son truc, mais là… Ce type était tellement dangereux… Il fallait que quelqu'un fît quelque chose pour l’empêcher de continuer à menacer des vies humaines sur la route… Putain, il y a des circuits, si on veut se faire plaisir, bordel !

Et ainsi fut fait. Son rendez-vous achevé, sa décision ne flancha pas ; elle remonta bravement l’avenue du Commandant Gâté pour rallier la gendarmerie. Sur place, elle fut accueillie par un jeune gendarme blond comme les blés, à qui elle expliqua le problème. Mais grande fut sa déception en entendant sa réponse :

- Non, je ne prends pas ce genre de signalement, désolée. Vous n’êtes pas assermentée, donc vous ne pouvez pas relever ce genre d’infraction.

Et devant ma mine atterrée de reprendre :

- Comprenez-bien, madame ; si on acceptait de faire ce genre de chose, on aurait des centaines de plaintes de ce genre, par simple esprit de revanche, par exemple : n’importe qui pourrait dénoncer son voisin pour n’importe quoi…

- Ce qui est déjà le cas, notez-bien…

- Oui bien sûr, mais il faut des preuves. En France on ne pratique pas la délation.

- Donc il faut attendre que ce type tue quelqu’un sur la route pour qu’il soit arrêté ?

- En quelque sorte, oui…

- Enfin vu la façon dont il conduit, il a déjà forcément eut des amendes…

Et là le gendarme demanda :

- Vous avez son immatriculation ? Je peux vérifier si c’est un véhicule volé, mais à part ça…

Saudade lui tendit le papier sur lequel elle avait noté 811 VCL 44, que le gendarme prit, la laissant dans le hall d’accueil pour aller consulter son ordinateur, dans un bureau à quelques mètres. A ce moment-là, quelqu’un se manifesta, la voix aphone grinçant quelques mots :

- C’est quelque chose, hein…

Saudade qui n’en revenait pas renchérit :

- Oh oui.

Aussitôt un lien de sympathie se créa entre elles ; elle continuèrent à échanger sur les fous du volant. Au beau milieu de leur conversation, sans quitter son bureau, le gendarme lança :

- C’était une fourgonnette ?

Elle rétorqua :

- Non, pas une fourgonnette : un véhicule blanc, type clio… Trois portes commercial : il y avait du bordel à l’arrière…

Et de reprendre sa conversation avec l’inconnue qui patientait dans le hall, alors que le gendarme revenait pesamment, lâchant :

- Il n’est pas volé, ça c’est sûr. C’est effectivement un véhicule commercial. Qui appartient à une grande entreprise nationale…

Saudade cessa de discuter avec la dame pour braquer un regard incrédule vers le sous officier. Le gendarme avait l’air assez mal à l’aise, curieusement. Elle repartit, le regard plein de soupçon :

- Il n’y a vraiment rien que je puisse faire ?!

- Là, honnêtement, non.

- Ce type a failli nous tuer, et on laisse faire.

Et à son immense surprise, le gendarme hasarda :

- Peut-être qu’il était pressé ?

- Pressé ? C’est-à-dire ? Depuis quand quand on est pressé on est autorisé à griller le code de la route et à se comporter comme un sauvage ? A mettre en danger la vie de gens sur la route ?

Et d’enchaîner :

- Si moi, je suis pressée et que je roule à 130 au lieu de 90 ; je ne risque pas d’avoir un problème ?

- Si, bien sûr…

Avait-il été correctement formé, ce gendarme ? Qu’est-ce qu’on lui avait appris, à être cool sur la route avec ceux qui ont un motif légitime d’être pressé ? Elle décida de briser là : il n’y avait pas grand-chose de plus à faire, de toutes façons, d’après son interlocuteur… Elle sortit interloquée, persuadée que les nouveaux à la gendarmerie recevaient décidément une bien curieuse éducation…

Et ce ne fut qu’après avoir fait quelques part que la lumière l’aveugla :

- Bon sang, mais c’est bien sûr !!!!

Eh oui, c’était un éminent membre de la police nationale, qui devait conduire le véhicule : tous les indices se tenaient : voiture blanche banalisée, comportement de cow-boy sur la route avec le sentiment flagrant d’immunité… « Une grande entreprise nationale »… Hahahaha ! Un flic !!! Et la pathétique tentative de justification du pauvre gendarme qu’elle avait acculé sans le savoir : « il était peut-être pressé »…

Moralité, en France, quand tu es policier : tu peux conduire comme ça te chante, provoquer des accidents si ça t’amuse ; rien n’est plus normal : tout t'es pardonné, puisque tu es pressé…

Moi, ce que je ne pige pas, c’est que ce type aurait aligné tout les gens qu’il a failli tué avec son véhicule de fonction contre un mur pour les braquer avec son flingue, il n’aurait pas été plus dangereux. Pourquoi laisse-t-on faire ce genre de choses, en France ? Pourquoi sommes nous le pays de l’exception à ce point ? Une loi existe, un code de conduite est imposé, mais si tu es untel, si tu appartiens à tel groupe, alors ça ne s’applique pas à toi.


FABULEUX.

6 commentaires:

  1. Tiens, tiens, te revoilà 'Tsuki ! En pleine forme, à ce que je vois, et remontée à bloc. Grand plaisir de te lire à nouveau !

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  2. Some Police think they are above the law and not just in France. It's a shame.
    Nice to see you again. :)

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  3. The phenomenon is known in English as "White van man", rushing past everyone on the road to get from one unfinished job to another, and keep his customers from coming to the boil.

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  4. L'histoire ma beaucoup intéressé et tenu en haleine jusqu'au bout, car je déteste sauvagement les chauffards moi aussi, mais la conclusion partielle et partiale m'a déçu.
    Le métier n'y fait rien à l'affaire, quand on est c... on est c...
    s.h.

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  5. au risque d'être hors sujet
    belle et douce année à toi grande voyageuse
    :-)

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  6. Yes hallucinant ! J'en ai déjà vu des comme ça !
    mortel =:o

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